L’université de Strasbourg (Unistra ou UDS) est une université française située à Strasbourg en Alsace. Son origine remonte à la création du Gymnase Jean-Sturm en 1538. Le Gymnase fut promu au rang d’Académie en 1566, sous l’empereur Maximilien II, puis devint université en 1621, sous l’empereur Ferdinand II. L’université passa sous le contrôle du Royaume de France en 1681 en même temps que la ville de Strasbourg. Le reste de son histoire est marquée par la Révolution française, l’annexion de l’Alsace-Lorraine puis le retour à la France. Durant la Seconde Guerre mondiale elle dut se replier sur Clermont-Ferrand, et des étudiants et professeurs qui rejoignirent la Résistance ainsi que des étudiants Juifs et étrangers furent arrêtés et déportés. C’est pour ces raisons que l’université est la seule université française à s’être vue décerner la Médaille de la Résistance. Au lendemain de la guerre elle revint à Strasbourg puis fut scindée, en 1971, en trois universités spécialisées (université Strasbourg I, université Strasbourg II et université Strasbourg III) après les événements de Mai 68. L’université est officiellement réunifiée le .

C’est une université multidisciplinaire qui compte près de 48 011 étudiants (dont 20 % d’étudiants étrangers), 2 727 enseignants et enseignants-chercheurs, 37 composantes (unités de formation et de recherche, facultés, écoles, instituts) et 72 unités de recherche. Elle fait partie des premières universités françaises à accéder à l’autonomie au et est aussi l’une des premières à se doter d’une fondation, la fondation Université de Strasbourg. Elle est membre de plusieurs réseaux universitaires en Europe tel qu’Eucor – Le campus européen ou encore la ligue européenne des universités de recherche. Elle fut parmi les trois premiers lauréats des initiatives d’excellence (IDEX) en 2011. Parmi les anciens étudiants et enseignants que compte l’université, 18 ont obtenu un prix Nobel et un enseignant a obtenu la médaille Fields.

Historique

L’université sous l’Ancien Régime

La Réforme et la création du Gymnase

Son origine remonte à l’époque de la Réforme protestante, celle-ci gagna Strasbourg au xvie siècle et la ville libre d’Empire fut alors convertie au protestantisme. L’adoption de la Réforme en 1525 puis du protestantisme en 1532, entraîna la sécularisation des biens de l’Église catholique ainsi qu’une réforme de l’enseignement par les autorités de la ville libre. L’appel de Luther réclamant l’« ouverture d’écoles latines et grecques » ainsi que la disponibilité des biens sécularisés pousse le gouvernement strasbourgeois, appelé « Magistrat » à ouvrir trois écoles en 1528. Les deux premières étaient dédiées à l’enseignement secondaire, l’une était située au sein de l’Église Saint-Pierre-le-Vieux, la seconde dans un vieux couvent des Carmélites. Enfin la dernière, dédiée à l’enseignement supérieur et située dans un ancien couvent des Dominicains, abordait dans ses hautes classes les études littéraires et théologiques. Les écoles étaient indépendante l’une de l’autre et très vite cette organisation de l’enseignement fut remise en cause, étant jugée imparfaite par le Magistrat. Celui-ci par le biais du Stettmeister Jacques Sturm (premier magistrat de la ville libre) et de Martin Bucer, tous deux réformateurs protestants, fait appel à son homonyme Johannes Sturm, enseignant au Collège de France pour mener à bien l’ouverture d’une « Haute École » par la fusion des établissements existant. Arrivé à Strasbourg en janvier 1536, Johannes Sturm visita les écoles de la ville et fit des observations sur lesquelles il bâtit le plan et le programme d’étude du futur établissement. Pour cela il se servit comme modèle du Gymnase de Liège où il avait été élevé.

Le Gymnase (Gymnasium en allemand) fut alors créé le et Johannes Sturm en devint le recteur. C’était à la fois un établissement secondaire et une Faculté des Arts dans laquelle on étudiait les humanités gréco-latines, la théologie protestante les sciences et la philosophie. Ainsi Jean Calvin, après son séjour à Strasbourg où il fut enseignant au Gymnase, s’inspira des méthodes de Sturm dans son académie Genevoise. Le Gymnase fut organisé en deux grandes sections. La première comportait d’abord neuf puis dix classes (une par année d’étude), elle accueillait les enfants à partir de l’âge de six ans et correspondant à l’enseignement primaire et secondaire. La division supérieure, accueillait les étudiants durant quatre ans et été consacrée à l’enseignement supérieur. En division supérieur, étaient enseignés la philosophie, les « langues anciennes », l’histoire et les sciences (dont la médecine) pour terminer soit par la théologie protestante, soit par l’étude du droit, désigné par « jurisprudence ». L’allemand qui était devenue avec la réforme de Luther une langue religieuse servait de langue d’enseignement dans les huis premières années d’études. Le latin qui fut longtemps la seule langue d’enseignement reprenait son rôle dans les dernières années. Le Gymnase était contrôlé par le Magistrat, une commission de trois membres assurait sa surveillance, formé par un « chancelier », choisi parmi les anciens Stettmeistres et deux « Scholarques », dont l’un était choisis parmi les anciens Ammeisters, et le second désigné parmi les membres libres du Conseil des Treize.

La transformation du Gymnase

Le Gymnase connut rapidement un vif succès, la réputation de l’établissement et de ses nouvelles méthodes pédagogiques ainsi que de son recteur qualifié de « nouveau Cicéron » s’étendit dès lors à travers toute l’Europe. Ce succès attira de nombreux étudiants, « un grand nombre de jeunes gens étrangers à l’Alsace» vinrent étudier à Strasbourg. L’établissement compta même plus d’élèves que l’université de Bâle. Mais très vite le Gymnase trouva ses limites, les élèves des divisions supérieurs ne pouvant prendre leurs grades. Les étudiants qui désiraient les obtenir devaient se présenter devant une université, généralement située dans une cité voisine, non loin de Strasbourg. La plupart des étudiants se rendaient à Bâle ou Tübingen et y passaient souvent une année, afin de se préparer aux épreuves universitaires. Très vite beaucoup d’étudiants émigrèrent vers d’autres universités. Le dans un rapport remis au Magistrat, Johannes Sturm va proposer pour pallier ce problème qu’une promotion publique des élèves de troisième année soit faite chaque année à Pâques s’ils continuaient en seconde année. « Ceux qui persévéreraient ainsi deux ans dans l’étude de la dialectique et de la rhétorique, qui seraient aptes à discuter avec science et habileté, seraient honorés par grâce spéciale du grade de bachelier ». En plus de cette proposition, Sturm milita pour que le Magistrat de la ville demande l’érection du Gymnase en université auprès de l’Empereur Maximilien II. Mais le gouvernement de la ville se limita à demander l’érection d’une Académie, seulement doté d’une Faculté de philosophie « pleine et entière ». Lors de la diète d’Augsbourg de 1566 une requête de la ville fut présentée à l’empereur, qui signa, le des lettres patentes élevant le Gymnase au rang d’Académie. Lui conférant ainsi tous les privilèges associés.

L’Académie protestante eut dès lors le droit de former des bacheliers et des licenciés (maîtres ès Arts) et Sturm en fut nommé recteur à vie, pour le récompenser des services qu’il avait rendus à la Ville. Dès lors deux établissements se côtoyaient, le premier accueillant les enseignements primaires et secondaires et le second, l’Académie protestante, accueillant au l’enseignement supérieur. La direction de l’établissement resta aux mains des « Scholarques » de la ville, son inspection et sa surveillance furent confiées à trois inspecteurs nommés Visitatores. Un Conseil académique (Conventus academicus) réunissant les professeurs, les « scholarques » et les « visiteurs » se tenait chaque mois. L’étudiant admis à l’Académie suit pendant quatre ans les cours de la Faculté de philosophie (Facultas philosophica) qui ne se limitaient pas à la philosophie, on y étudiait également les sciences et les lettres. Il obtenait à la fin de sa troisième année, le grade de Bachelier en philosophie (Prima Laurea ou Baccalaureatus philosophicum), puis à la fin de sa quatrième année celui de docteur en philosophie (Secundo Laurea, Magister artium liberalium ou Doctoratus philosophicum) qui lui permettait de choisir les cours de la Faculté de droit, de la Faculté de médecine ou de la Faculté de théologie. Les cours en faculté duraient deux ans et étaient soutenus par une thèse donnant lieu au grade de Bachelier ou Magister. Les grades de licencié ou de docteur n’étant conférés que par les universités, les étudiants des facultés de droit, médecine et théologie devaient les obtenir dans une université étrangère, celles de Bâle accueillant un grand nombre des candidats. La transformation du Gymnase en Académie lui permit de disposer de quatre facultés, même si une seule avait le privilège de distribuer les grades supérieurs. En plus de cette transformation, l’Académie devint propriétaire, à sa création en 1566 de la Bibliothèque du Séminaire Protestant. Celle-ci avait été créée en 1531 par le Stettmeister, Jacques Sturm et financée par la ville. Elle fut par la suite alimentée par de nombreux legs dont une partie de la bibliothèque personnelle de Johannes Sturm.

L’université sous le Saint-Empire romain germanique

Le , Sturm fut relevé de ses fonctions, après avoir permis à l’Académie de rayonner en Europe. En effet Strasbourg accueillait grâce à lui de nombreux étudiants européens. Cependant les mêmes problèmes qui virent la création de l’Académie poussèrent à demander la création d’une université. La Faculté de philosophie, seule réelle faculté de l’Académie, était de fait la seule à pouvoir conférer les grades. Les étudiants en médecine, théologie et droit quittaient donc l’Académie pour recevoir leurs grades dans une université. Le Magistrat de la ville ne voyait pas d’un bon œil la constitution d’une université juridiquement distincte et dont le contrôle par la ville n’était pas « entier ». Il changea malgré tout d’avis, voyant dans l’afflux d’étudiants, une source de revenus pour la bourgeoisie de la ville. Une demande fut donc faite à l’empereur Rodolphe II lors de la Diète de Ratisbonne en 1594. Ce dernier accepta que seuls les professeurs de droits et de médecines (en plus des professeurs de philosophie) puisse conférer les grades supérieurs, mais partisan de la Contre-Réforme il ne donna pas ce privilège aux professeurs de théologie. Dans le but de ne pas heurter leurs collègues, les professeurs de droit et de médecine décidèrent de ne pas user de ce privilège.

En 1596, la visite de l’archiduc Matthias à Strasbourg permit d’appuyer à nouveau la demande, et en 1597 l’arrivée d’un commissaire impérial envoyé pour inspecter l’Académie fut l’occasion d’une nouvelle requête. L’empereur accepta d’accorder le même privilège aux théologiens à condition que les étudiants de la discipline jurent « d’observer la paix religieuse » de 1555. Ce à quoi furent opposés les professeurs. Les conflits entre protestants et catholiques n’aidèrent pas la ville à obtenir gain de cause. Il fallut attendre 1621 et l’accord entre la ville de Strasbourg et Ferdinand II, par lequel la ville renonce à participer à la Guerre de Trente Ans qui venait d’éclater trois ans plus tôt, en échange de quoi elle obtint une université complète. Elle put dès lors former des docteurs et le Gymnase donna alors naissance à deux établissements distincts : une université et un établissement secondaire conservant le nom de Gymnase. Le , l’université est solennellement inaugurée et son administration fut confiée à un Conseil académique composé d’un Chancelier, de deux « Scholarques » nommés à vie, de deux assesseurs choisis pour deux ans, du recteur, de quatre doyens désignés pour six mois et des professeurs titulaires.

Deux ans avant son élévation au rang d’université, en 1619, est inauguré un jardin botanique par des professeurs en médecine, l’enseignement de la botanique servant aux préparations pharmaceutiques. Ce premier jardin se situait dans le quartier strasbourgeois de la Krutenau. La Bibliothèque du Séminaire Protestant rattachée à l’Académie et qui depuis avait acquis et reçu de nombreux ouvrages et bibliothèques personnelles, devient la Bibliothèque de l’Université. Le développement de l’université se poursuit, ainsi Johann Albrecht Sebiz devient le premier titulaire de la chaire d’anatomie et de botanique, créé en 1652 au sein de la faculté de médecine. La ville de Strasbourg, sous son impulsion dote la faculté d’un théâtre anatomique, en 1670. Le théâtre était situé pour des raisons pratiquent, dans la chapelle sécularisée Saint-Erhard, adjacente à l’Hôpital civil, ce dernier fournissant les cadavres. La fin du xviie siècle verra aussi la création du premier observatoire astronomique de l’université, qui s’installe au sommet de la Porte de l’Hôpital.

L’université sous le Royaume de France

À la suite des traités de Westphalie (1648), l’Alsace fut peu à peu intégrée au royaume de France et en 1681 les troupes du Roi Soleil s’emparèrent de Strasbourg ; l’université devint alors française. L’annexion n’eut pas trop d’impacts sur le fonctionnement et l’organisation de l’université, ainsi Louis XIV dans l’article 4 de la capitulation de la ville permit à l’université de conserver ses « privilèges et sa constitution ». C’est dans ce même acte qu’il imposa, tout comme au Magistrat, la présence d’un représentant du roi au sein de l’administration de l’université. De plus, dans des lettres patentes du , Louis XIV décide de mettre en place un « préteur royal » (« praetor regius Argentoratensis« ), il explique ce choix en disant être « informé de la réputation que l’Université établie dans la ville de Strasbourg s’est acquise depuis un très long temps » et en voulant « prendre le même soin de ladite Université que des autres de son royaume afin de la rendre d’autant plus florissante ». Ce sera le seul changement important apporté par le roi. Le préteur eut pour mission, conjointement avec le Magistrat, de « s’employer au rétablissement et maintien des droits », de veiller et contrôler les « privilèges et immunités » et d’administrer les biens et revenus de l’université.

Sous l’Ancien Régime, la question de la religion importait plus que celle de la langue et les Alsaciens étaient considérés comme des « sujets allemands du roi ». Les tensions liées à l’annexion de la ville résultèrent donc de la préoccupation du roi à faire revenir la population strasbourgeoise au catholicisme, celui-ci cherchant à « empêcher d’accroître l’hérésie de Luther en Alsace ». C’est dans ce but qu’il créa, en 1685, un collège jésuite devant concurrencer le gymnase protestant. Ces actions entrainèrent la venue d’une population catholique, qui fut peu à peu amenée à demander les mêmes droits à siéger au Magistrat, alors exclusivement composé de réformés. Louis XIV, partisan de la Contre-Réforme imposa donc au Magistrat d’accueillir des membres catholiques, ce dernier fut alors partagé égalitairement entre les deux confessions. Le roi continua son action en décidant, en 1701 de fusionner le collège jésuite strasbourgeois avec un collège jésuite de la région, situé à Molsheim. Ce dernier qui avait été érigé, en 1617 en université par une Bulle pontificale du pape Paul V devint la seconde université confessionnelle de la ville. L’université catholique qui était seulement formée de deux facultés, l’une formant aux arts libéraux et l’autre à la théologie catholique ne connut pas la réussite de son aîné. C’est une des raisons qui poussa les catholiques, en 1751 à demander que « l’alternative entre les deux religions soit à l’avenir observée » au sein de l’université luthérienne, comme elle l’était au Magistrat. Cette demande n’aboutit pas, les protestants défendirent leurs droits en se basant entre autres sur les traités de Westphalie et l’acte de capitulation de 1681.

En dépit de ces tensions et d’un nombre limité de professeur pour l’époque, l’université et ses quatre facultés connut un important développement au xviiie siècle. En 1728 Jean-Jacques Fried créa une école d’accouchement destinée aux élèves de la faculté de médecine. Un cabinet d’histoire naturelle est lui constitué à partir de 1768 par Jean Hermann, professeur entre autres d’histoire naturelle médicale à la faculté de médecine et directeur du jardin botanique de l’université. En plus de ses collections comprenant plus de 1 000 animaux « naturalisés », ainsi qu’un herbier, Hermann constituera une bibliothèque de plus de 12 000 volumes. Jean-Daniel Schoepflin l’un des précurseurs de la méthode historique moderne, enseignera l’histoire et l’éloquence latine à l’université. À sa mort en 1771, il légua une importante collection d’ouvrages à la bibliothèque de l’université. Le français ayant été introduit il y’a moins d’un siècle, les cours étaient majoritairement dispensés en allemand et bien sûr toujours en latin. C’est pourquoi l’université accueillait encore des étudiants germanophones éminents. Tel que Metternich ou Goethe qui y étudia le droit entre 1770 et 1771 après que son père eut jugé qu’il passait trop de temps à Leipzig dans l’Auerbachs Keller, une fameuse taverne de la ville. Ce dernier eut, entre autres comme professeurs, Schoepflin en histoire et le juriste et homme politique alsacien, Christophe-Guillaume Koch. Les élèves étrangers étaient attiré par le cosmopolitisme de l’université où en plus de parler le français et l’allemand, était aussi enseigné l’anglais depuis 1760. Ainsi peu avant les événements révolutionnaires elle accueille encore de nombreux étudiants de toute l’Europe et de toutes confessions. Et de 1785 à 1787 « 125 étudiants appartenant à des contrées éloignées » passèrent entre ses murs, dont « 23 Anglais et Écossais, 2 Espagnols, 17 Allemands, Flamands et Autrichiens, 3 Italiens, 11 Danois et Suédois, 5 Polonais et Courlandais, 44 Russes et Livoniens ». Entre 1789 et 1790 beaucoup d’étudiant quittèrent la ville, à la suite des événements révolutionnaires, le chiffre des inscriptions chuta de 182 étudiants à 83.

Lors de la Révolution française, les institutions de l’Ancien Régime étaient mal vues et l’université catholique fut rapidement fermée. Grâce à deux décrets de la Convention nationale, l’université luthérienne a pu espérer pendant un temps être maintenue. Mais en 1793 elle fut supprimée alors que les enseignements secondaires du Gymnase furent eux définitivement maintenus. L’année suivante, grâce à Jean-François Ehrmann, député alsacien à la Convention nationale et « aux mérites » de la faculté de médecine de l’ancienne université, la ville de Strasbourg obtint l’ouverture d’une des trois « écoles spéciales de santé » créées par le décret du 16 frimaire an III (). Jean Hermann, professeur à l’ancienne faculté y fut nommé au poste de « professeur de botanique et de matière médicale ». La ville accueillera aussi l’une des écoles centrales qui furent créées par les révolutionnaires (loi du 3 brumaire an IV) dans le but de remplacer l’enseignement des collèges et universités.

L’université au xixe siècle

Les facultés françaises

Sous le Consulat, les écoles centrales sont supprimées par la loi du loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) et remplacées, pour les plus importantes, par des lycées. Strasbourg se retrouve sans son université, mais celle-ci n’avait pas complètement disparu. En effet une Académie protestante avait perduré durant la Révolution, devenant en 1803, le « Séminaire protestant » grâce à la reconnaissance officielle du protestantisme par le concordat. Cette même année, le Premier Consul transforme les écoles de santé en « École de médecine » et crée trois « Écoles de pharmacie » dans les trois villes accueillant déjà une école de médecine à Paris, Montpellier et donc Strasbourg. L’implantation des deux écoles avait un but essentiellement politique et militaire, l’armée napoléonienne avait en effet souffert lors des différentes campagnes du typhus, de la peste et du paludisme, elle devait trouver à Strasbourg, ville frontière des soins adaptés. Un an plus tard, en 1804, la ville obtint l’une des douze écoles de droit et le maire de Strasbourg et frère de Jean Hermann, Jean-Jacques Hermann est nommé doyen de l’école. Les anciens professeurs de l’université enseignaient toujours dans les différentes écoles de la ville dont celles de médecine, pharmacie et droit. Christophe-Guillaume Koch recteur de l’ancienne université en 1787 retourna à l’enseignement au sein de l’école de droit après avoir été membre de l’Assemblée nationale, sous la révolution et du Tribunat. La plupart des professeurs restaient membres du « Séminaire protestant » héritier de l’université où l’on enseignait toujours la théologie protestante.

L’Université renaît sous une forme centralisée, au cours du Premier Empire. Le décret du 17 mars 1808 fixe le l’organisation de l’université, le texte prévoit qu’elle soit chargée de l’ensemble de l’enseignement, du primaire au supérieur. Les écoles de droit et de médecine sont érigées en facultés auxquelles on joignit les facultés des lettres et des sciences, puis une faculté de théologie protestante, issue du séminaire. Strasbourg est alors dotée d’une académie complète qui s’organise sur les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Cette organisation héritée du régime napoléonien va perdurer sans changements majeurs malgré la chute de l’empereur. Parallèlement, le Gymnase, qui de nos jours est connu sous le nom de Gymnase Jean-Sturm, devient un lycée en 1828. L’université de Strasbourg va connaître une nouvelle période de prospérité. Elle accueille une nouvelle fois d’éminents étudiants et professeurs, ainsi le chirurgien Jean Lobstein qui y obtint la première chaire d’anatomie pathologique créée en France, fut à l’origine de la découverte de la maladie des os de verre, aussi appelée syndrome de Lobstein. Sa fonction l’amènera à gérer les collections du théâtre anatomique exposées au public. Celles-ci seront fortement augmentées après la Révolution pour peu à peu former l’actuel musée anatomique. C’est aussi à cette époque que le médecin et révolutionnaire allemand Georg Buchner commença ses études en 1831 (et les termina après avoir fui de Hesse-Darmstadt, à la suite de la saisie du Hessischen Landboten), que Louis Pasteur titulaire de la chaire de chimie à la faculté des sciences, travailla, de 1848 à 1854, sur plusieurs de ses découvertes. Cette chaire qui fut ensuite donnée, en 1855 à Charles Frédéric Gerhardt, deux ans après avoir réussi la première synthèse de la molécule de base de l’aspirine, va contribuer au développement de l’excellence de la chimie alsacienne.

Après la Révolution, sous Napoléon et sous la Restauration, les sciences (où la France d’ailleurs excellait alors) étaient entièrement enseignées en français, mais il subsistait l’influence de l’Alsace et par là de l’Allemagne en théologie et en sciences humaines. L’université rayonnait alors sur une partie de l’Europe de par ses influences françaises et germaniques. C’est durant le Second Empire que par décret impérial de Napoléon III fut instaurée l’école impériale du Service de santé militaire de Strasbourg, le . Elle fut dès sa création associée à la faculté de médecine qui offrit d’enseigner aux jeunes soldats. C’est à la tête de cette école que fut nommé un des plus célèbres chirurgiens de l’époque, Charles-Emmanuel Sédillot, précurseur de l’asepsie opératoire et inventeur du mot microbe. En 1864, elle devint l’école impériale du service de santé militaire et forma jusqu’à la guerre de 1870, 1 054 médecins et 90 pharmaciens (formés à partir de 1864). En particulier Alphonse Laveran qui découvrit à Constantine l’hématozoaire du paludisme et fut en 1907 le premier Prix Nobel de physiologie ou médecine français. La guerre contre la Prusse qui est déclarée le va mettre fin à l’enseignement de l’école et plus globalement des facultés strasbourgeoises.

L’université impériale allemande : la Kaiser-Wilhelms-Universität

Les conséquences de la Guerre de 1870

En 1871, après la défaite de la France face à la coalition menée par la Prusse furent signés les traités de Versailles puis de Francfort qui confirmaient l’annexion de l’Alsace-Lorraine : Strasbourg redevint allemande. L’université en fut très affectée, une grande partie de l’élite de la région, que ce fût dans l’éducation, les affaires ou l’administration, quitta alors l’Alsace pour s’exiler en France. Entre décembre 1871 et janvier 1872, Paul Lobstein, professeur de dogmatique à la faculté de théologie protestante puis doyen en 1921, prend la plume et ressent le besoin de coucher sur papier son examen de conscience au moment où l’Alsace connaît un des tourments les plus importants de son histoire. Dans l’esquisse biographique qui lui est consacrée, Un Alsacien idéal, il écrit : « L’annexion de L’Alsace est plus qu’un crime, c’est un sacrilège ; voilà pourquoi nous ressentons une blessure poignante qui saignera toujours et dont la brûlure nous fera toujours souffrir. (…) Voilà donc l’Alsacien, condamné par sa conscience à toujours souffrir, toujours être obligé par sa conscience à toujours protester.». La guerre fut difficilement vécue par les strasbourgeois, en effet, le siège de la ville causa d’importants dégâts dans la cité. L’église du Temple Neuf fut détruite alors qu’elle abritait une bibliothèque exceptionnelle rassemblant plus de 300 000 volumes, dont au moins 3 446 manuscrits. Deux collections s’y distinguaient : la bibliothèque du séminaire protestant, qui fut celle de l’université protestante et dont l’origine remontait au Gymnase, d’une part et la bibliothèque municipale créée au xviiie siècle à partir de l’achat de la bibliothèque privée de l’historien strasbourgeois Jean-Daniel Schoepflin par la ville d’autre part.

Dès le début de la guerre et bien avant l’annexion de Strasbourg au nouveau Reich en , de nombreux intellectuels et politique allemands espéraient installer une grande université allemande dans la ville. En , une délégation fut pour cela envoyé à l’université de Bonn (la plus jeune université allemande de l’époque) afin de préparer l’installation de la nouvelle université strasbourgeoise. En , c’est le Reichstag, qui craignant le transfert des facultés vers Nancy se saisit du dossier de la future université. Deux projets émergèrent à cette époque, le premier émanant des professeurs français, ceux-ci voulait laisser le contrôle de la nouvelle université aux alsaciens pour que celle-ci réponde aux besoins des alsaciens et le second émanant des autorités allemandes qui désiraient construire un outil de la germanisation de l’Alsace-Lorraine et un bastion de la culture allemande. En réaction le gouvernement français vota, en 1872, une loi constituant une nouvelle université dans la ville de Nancy, basée sur les facultés strasbourgeoises. Celles-ci furent officiellement transférées (faculté de médecine) ou réunies aux facultés déjà existantes (faculté de droit, des lettres et des sciences), la majorité des enseignants strasbourgeois acceptèrent leur transfert à Nancy, refusant de devenir allemands. Le projet d’une nouvelle université allemande à Strasbourg fut arbitré par le chancelier Otto von Bismarck qui décida de ne pas suivre le projet proposé par les intellectuels et politiques allemand. Il confia la création et l’organisation de la nouvelle université à l’homme politique et ancien ministre des Affaires Étrangères du Grand-duché de Bade, Franz von Roggenbach. Ce catholique était en outre un « ardent partisan du Kulturkampf et un fin connaisseur du milieu alsacien ».

La reconstruction de l’université

Dès son couronnement comme Empereur d’Allemagne (en 1871), Guillaume Ier lança un programme ambitieux pour la reconstruction de Strasbourg. Voulant faire de la ville située à la frontière de son nouvel empire, une vitrine du savoir-faire allemand. De grandes transformations affectèrent donc la ville et l’université. Franz von Roggenbach fut l’artisan de la reconstruction de l’université. Il veut alors bâtir une université modèle, capable de concurrencer ses consœurs allemandes. Cette université modèle devant acculturer la population alsacienne par le haut. Mais son projet est jugé trop ambitieux par Bismarck, ce dernier arbitre alors en faveur d’un projet plus modeste et laisse la liberté à von Roggenbach de la création des différentes chaires et le choix des professeurs de la nouvelle université. L’université fut rapidement refondée sous, le nom de Kaiser-Wilhelms-Universität et inaugurée par l’empereur les 1er et au Palais des Rohan». Son installation dans le palais est provisoire, elle partage alors ses locaux avec la nouvelle bibliothèque qui prit le nom de Kaiserliche Universitäts und Landesbibliothek zu Strassburg (KULBS) (aujourd’hui bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg) par une déclaration officielle du 19 juin 1872. Le choc qui fut provoqué par la destruction de la bibliothèque protestante amena Karl August Barack, d’abord bibliothécaire des princes de Fürstenberg puis premier administrateur de la bibliothèque recréée, à lancer un appel aux dons dès le 30 octobre 1870 pour constituer de nouvelles collections. Cet appel eut un grand retentissement, les dons parvenant de tout l’Empire allemand et même d’au-delà : à elles seules les archives de l’État prussien à Königsberg fournirent 70 000 doublets à la bibliothèque. Le résultat fut qu’en 1873 la bibliothèque comptait déjà plus de 200 000 volumes et qu’elle fut pendant longtemps une des plus importantes bibliothèques universitaires et même la première mondiale entre 1909 et 1918. Aujourd’hui elle est la seconde bibliothèque de France après la BNF et possède l’une des plus grandes et des plus riches collections d’ouvrages en langue allemande.

Les années qui suivirent la création de ces établissements vit fleurir à Strasbourg un nouveau quartier, la Neustadt appelé aussi quartier allemand. Celui-ci allait accueillir les nouveaux bâtiments de l’université. Le Kollegiengebäude (Palais Universitaire), construit entre 1879 et 1884 sous la direction de l’architecte Otto Warth, fut inauguré par l’empereur Guillaume Ier en 1884. Il constituait le pôle majeur de la nouvelle université strasbourgeoise ; dans son prolongement furent construits les huit bâtiments des instituts de la faculté des sciences (ainsi que le jardin botanique de l’université, l’observatoire astronomique et le musée zoologique). D’autres bâtiments furent construits dans la ville : le bâtiment de la faculté de médecine (derrière l’hôpital civil) et en 1895 le bâtiment de la Kaiserliche Universitäts und Landesbibliothek zu Strassburg situé place de la République (alors Kaiserplatz)

Le développement de l’université impériale

La période allemande de l’université vit venir de grands professeurs et chercheurs dans la capitale du nouveau Reichsland Elsass-Lothringen ; après Gerhardt et ses travaux sur l’aspirine, ce fut Joseph von Mering qui synthétisa en 1893 une substance baptisée acétaminophène commercialisée bien plus tard sous le nom de paracétamol. C’est aussi à Strasbourg qu’enseigna Wilhelm Conrad Röntgen qui reçut plus tard le prix Nobel de physique pour sa découverte des rayons X et que Ferdinand Braun passa vingt-cinq années de sa vie en étant directeur de l’« Institut de physique de Strasbourg », créé en 1895 puis Rektor (recteur) de l’université et cela jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Il y développa en 1897 un tube cathodique particulier, dit « tube de Braun ». Son invention mena rapidement au développement de l’oscilloscope qui plus tard permit de réaliser les tubes cathodiques des téléviseurs, puis des premiers écrans d’ordinateurs. En 1898, il se lança dans la transmission sans fil en travaillant et améliorant la portée des dispositifs radio conçus par Guglielmo Marconi. Pour ces travaux sur la télégraphie sans fil, il fut colauréat avec ce dernier du prix Nobel de physique en 1909. La période allemande fut donc faste pour l’université, notamment dans le domaine des lettres classiques (avec par exemple Georg Kaibel dans les années 1880-1890) et dans plusieurs disciplines qui font encore aujourd’hui sa réputation et qui s’y développèrent alors, comme la sismologie. C’est grâce au physicien allemand Ernst von Rebeur-Paschwitz arrivé à Strasbourg en 1892 que fut implantée une des premières stations sismiques modernes au monde. Ce dernier fabriqua à Potsdam en 1889 un appareil destiné à mesurer les vibrations qui enregistra des signaux correspondant à deux séismes, l’un au Japon et l’autre au Baloutchistan : ce fut la première fois que l’on enregistrait des séismes aussi éloignés et dont l’homme ne puisse en ressentir les effets. La station, créée en 1899 par vote du Reichstag (avec un budget de 30 000 marks) pris le nom de Kaiserliche Haupstation für Erdbebenforschung (Station séismologique centrale de l’empire allemand) et devint vite un centre mondial de la sismologie moderne accueillant les premiers congrès internationaux de sismologie.

L’université au xxe siècle : le retour à la France

L’université sous la Troisième République

Après la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles, qui restituait l’Alsace et Strasbourg à la France, rendait aussi l’université à l’enseignement supérieur français. Le , l’université de Strasbourg fut solennellement inaugurée par le président de la République française Raymond Poincaré. L’université toujours installée dans le Palais Universitaire connut une nouvelle fois de nombreux changements : les Allemands et Alsaciens germanophiles furent expulsés, une grande partie du personnel de l’université allemande fut touchée par cette politique. Parallèlement en vue d’une francisation rapide de la région, l’enseignement se fit dès lors exclusivement en français. En outre, le retour de l’Alsace dans une république française devenue laïque eut aussi pour effet d’engager une réflexion sur le maintien des formations de théologie de l’université. Celles-ci étaient dispensées par les deux facultés de théologie protestante et catholique puisque l’Alsace n’avait pas été soumise à la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, étant allemande à cette époque. Les deux établissements furent cités dans la loi organique de 1919 qui reconstituait l’université redevenue française ; malgré cela, il fallut attendre leur reconnaissance sous l’impulsion de Raymond Poincaré par un décret paru le . Ce décret reconnaissait officiellement le caractère public de ces deux instituts en leur conférant un statut dérogatoire. Ce fut dans le but de créer un contrepoids laïc à l’enseignement théologique que fut alors fondée, en 1919, une chaire d’histoire des religions au sein de l’Institut d’histoire des religions dépendant de la Faculté des Lettres. C’est Prosper Alfaric, historien et spécialiste du christianisme, qui fut le premier titulaire de la chaire. C’est aussi à cette période que se constitua autour des grands historiens Lucien Febvre et Marc Blochl’École des Annales dont l’origine était liée à la publication de la revue des annales d’histoire économique et sociale en 1929.

L’université durant l’occupation

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la déclaration de guerre de 1939 fit que Strasbourg fut déclarée zone militaire par l’État-major français puis, avec l’avancée des troupes allemandes en 1940, « ville ouverte ». Le , une grande partie de la population dut évacuer la ville. L’université française fut alors déplacée et dut se réfugier en 48 heures à Clermont-Ferrand qui n’était à l’époque qu’une petite ville étudiante possédant seulement deux facultés (sciences et lettres) et trois écoles (pharmacie, ESC et chimie). La ville accueillit donc les 1 200 étudiants, les 175 enseignants, et l’administration de l’université strasbourgeoise. À la suite de la défaite française, l’armistice du 22 juin 1940 coupa en deux le pays. Les nazis occupèrent la zone Nord et le régime de Vichy fut mis en place dans la zone Sud où se situait Clermont-Ferrand. La ville de Strasbourg fut, quant à elle, incorporée au Troisième Reich et les nazis y créèrent la Reichsuniversität Straßburg.

Dès 1941, l’université française vit naître différents mouvements de Résistance, mêlant étudiants et professeurs venant de Strasbourg et de Clermont-Ferrand tel que « Combat Étudiant » fondé par Jean-Paul Cauchi, un étudiant en histoire venu de Strasbourg. À partir de 1942 et de l’occupation militaire de la zone sud par les Allemands, la plupart des mouvements s’unirent au sein des Mouvements unis de la Résistance. L’occupation militaire permit aux Allemands de lancer des opérations destinées à fragiliser l’université française repliée à Clermont-Ferrand car les nazis dont en premier lieu le Reichsführer-SS Heinrich Himmler voulaient dans l’intérêt de la nation allemande fermer l’université française et rapatrier 500 Alsaciens considérés comme « Allemands de souche », à Strasbourg. Ils menèrent ainsi plusieurs rafles dans les locaux universitaires et résidences étudiantes sous couvert de lutte contre la résistance, dont la rafle du 25 novembre 1943, au cours de laquelle près de 1 200 personnes seront interpellées et 130 personnes déportées vers les camps, dont une trentaine seulement reviendront.

Dans le même temps, la Reichsuniversität Straßburg accueillit de nombreux savants allemands dont Carl Friedrich von Weizsäcker mais c’est surtout August Hirt, médecin allemand, membre des SS et de l’Institut d’anthropologie raciale Ahnenerbe dont on se souviendra pour avoir causé la mort d’une centaine de juifs dans le cadre de recherches pseudo-scientifique.

C’est au cours de l’année 1944 que les deux villes furent libérées, Clermont-Ferrand le 27 août et Strasbourg le 22 novembre. Avec la retraite des troupes allemandes, l’université allemande fut transférée à Tübingen et dissoute par la suite tandis que l’université française revenait à Strasbourg. Au bout du compte, les populations universitaires de Clermont-Ferrand et de Strasbourg furent très affectées par la guerre, elles comptèrent à la fin de la guerre 139 disparus. De cette période trouble, l’intellectuel et résistant Louis Aragon publia en 1944 dans son recueil La Diane française un poème intitulé La Chanson de l’Université de Strasbourg décrivant la lutte des populations universitaires strasbourgeoise et clermontoise face à l’occupant Nazi

L’université après-guerre

Les années d’après-guerre furent synonymes de reconstruction et d’un fort accroissement de la population étudiante, comme dans le reste de la France. Le nombre d’étudiants passa de 5 440 en 1956 à 16 221 en 1966. C’est pour répondre à cet accroissement important que l’université entreprit de nouveaux travaux et agrandit le campus historique vers l’Est. C’est dans le nouveau quartier strasbourgeois de l’Esplanade que fut créé le campus central de Strasbourg, dans le prolongement des bâtiments de l’université construits par les Allemands tel que le Palais Universitaire ou l’observatoire astronomique. De nombreux bâtiments sortirent alors de terre, comme le bâtiment de la faculté de droit mais aussi celui de l’École nationale supérieure de chimie avec la tour de Chimie dominant le campus de l’Esplanade. Un autre campus fut inauguré dans le quartier de Cronenbourg, le , en présence de Louis Joxe, ministre de l’Éducation nationale, et Pierre Pflimlin, maire de Strasbourg. Le campus de Cronenbourg fut destiné dans un premier temps uniquement à la recherche, accueillant dès sa création plusieurs centres de recherches du CNRS dont le Centre de recherches nucléaires. Par ailleurs, à la suite de la création des instituts universitaires de technologie par le ministre de l’Éducation nationale (IUT) Christian Fouchet en 1966, l’université inaugura l’année suivante son premier IUT (plus tard baptisé IUT Robert Schuman) comprenant alors deux départements : Chimie et Relations Publiques Documentation.

Dans les années suivantes s’engagea un processus qui mena à la révolte étudiante de mai 68. Ainsi, des étudiants de l’internationale situationniste, profitant du désintérêt des étudiants pour leurs structures associatives, accédèrent au bureau de l’association locale AFGES. Ils écrivirent et publièrent à 10 000 exemplaires la brochure De la Misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects social, économique, sexuel et intellectuel. Les structures traditionnelles de l’université furent dès lors remises en question. À la suite de la loi Faure du 10 octobre 1968, le statut et l’organisation des universités furent fortement modifiés et la loi conduisit en 1971 à la scission de l’université en trois nouvelles institutions : l’université Strasbourg I, l’université Strasbourg II et l’université Strasbourg III.

L’université au xxie siècle

L’université unique

L’université de Strasbourg est créée le par décret, mais l’université n’est réellement réunifiée que depuis le , date à laquelle les trois anciennes universités disparaissent. En même temps que sa réunification, elle devient une des 18 premières universités à appliquer la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (loi no 2007-1199 du 10 août 2007, dites LRU). C’est pour ces raisons qu’elle a dû établir ses nouveaux statuts le 4 novembre 2008, puis élire le premier président de l’université réunifiée, Alain Beretz le .

L’objectif de cette fusion a été de créer une université pluridisciplinaire, l’université comportant à sa création de formations couvrant tous les domaines universitaires, comme le montre son offre de formation qui s’organise en cinq grands domaines : Arts, lettres, langues ; Droit, économie, gestion et sciences politiques et sociales ; Sciences humaines et sociales ; Sciences, technologies ; Santé. Ces différentes formations où sont regroupés, unités de recherche, instituts et écoles permettent de créer de véritables synergies malgré des champs d’études éloignés. Un second objectif de la fusion est, pour l’université, d’avoir une plus grande visibilité à l’international, notamment dans les classements internationaux. Comme le prévoit la LRU, les universités peuvent se doter de fondations, dans le but de renforcer leur autonomie financière, c’est donc en grande partie pour cette raison que la Fondation Université de Strasbourg a vu le jour dès 2008, un arrêté du 28 octobre 2008 de la rectrice de l’académie de Strasbourg accordant l’autorisation administrative de création de la fondation.

Composantes

UFR, écoles et instituts

L’université de Strasbourg comporte 38 composantes d’enseignements : unité de formation et de recherche, école de commerce, écoles d’ingénieurs, Institut d’études politiques, etc. qui sont réparties en cinq grands domaines de formation et neuf collégiums qui sont des organes statutaire mis en place par l’université, ils assurent la coordination entre la présidence de l’université et les composantes.

Domaine Arts, Lettres et Langues

Le domaine Arts, Lettres, et Langues compte 5 composantes:

  • la faculté des arts (arts du spectacle, arts visuels et musique),
  • l’UFR des langues et sciences humaines appliquées,
  • l’UFR des langues vivantes,
  • l’UFR des lettres,
  • l’institut international d’études françaises (IIEF)

Domaine Droit, économie, gestion et sciences politiques et sociales

Le domaine Domaine Droit, économie, gestion et sciences politiques et sociales compte neuf composantes

  • le centre d’études internationales de la propriété intellectuelle,
  • le centre universitaire d’enseignement du journalisme,
  • EM Strasbourg Business School,
  • la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg,
  • la faculté de droit, sciences politiques et gestion de Strasbourg,
  • l’institut d’études politiques de Strasbourg (IEP),
  • l’institut de préparation à l’administration générale (IPAG),
  • l’institut du travail (IDT),
  • Centre des hautes études européennes (CHEE), issu de la fusion en 2013 de l’IEP et de l’IHEE,

Domaine Sciences humaines et sociales

Le domaine Sciences humaines et sociales compte 10 composantes:

  • la faculté de géographie et d’aménagement,
  • la faculté de philosophie,
  • la faculté de psychologie,
  • la faculté de théologie catholique de Strasbourg,
  • la faculté de théologie protestante de Strasbourg,
  • la faculté des sciences de l’éducation,
  • la faculté des sciences du sport (STAPS),
  • l’École supérieure du professorat et de l’éducation d’Alsace, intégrée à l’université le ,
  • la faculté des sciences historiques,
  • l’UFR des sciences sociales, pratiques sociales et développement.

Domaine Sciences, technologies

Le domaine Sciences, technologies compte 12 composantes:

  • l’école européenne de chimie, polymères et matériaux (ECPM),
  • Télécom Physique Strasbourg (anciennement ENSPS),
  • l’école et observatoire des sciences de la Terre (EOST),
  • l’école supérieure de biotechnologie de Strasbourg (ESBS)
  • la faculté de chimie,
  • la faculté des sciences de la vie,
  • l’institut universitaire de technologie de Haguenau (IUT de Haguenau),
  • l’institut universitaire de technologie Louis Pasteur de Schiltigheim (IUT Louis-Pasteur),
  • l’institut universitaire de technologie Robert-Schuman (IUT Robert-Schuman),
  • l’observatoire astronomique de Strasbourg,
  • l’UFR de mathématique et d’informatique,
  • la faculté de physique et d’ingénierie,

Domaine santé

Le domaine santé compte 3 composantes

  • la faculté de médecine,
  • la faculté de chirurgie dentaire,
  • la faculté de pharmacie

Enseignement et recherche

Formation

L’université de Strasbourg couvre l’ensemble des principaux champs disciplinaires de l’enseignement supérieur et offre des formations de niveau Bac +2 jusqu’au niveau du doctorat:

  • Formations de niveau bac +2 à bac +3 :
    • 12 diplômes universitaire de technologie
    • 35 mentions de licence déclinées en 46 spécialités
    • 20 licences professionnelles déclinées en 33 spécialités
  • Formations de niveau bac +5
    • 61 mentions de master déclinées en 165 spécialités
    • 5 diplômes d’ingénieur
    • 1 diplôme d’institut d’études politiques (IEP)
    • 1 master Grande École
  • Formations de niveau doctorat :
    • 59 doctorats
    • et 3 doctorats d’exercice en médecine, chirurgie dentaire et pharmacie

De plus elle a accueilli 8 511 stagiaires en formation continue en 2009.

L’université de Strasbourg propose aussi des formations par apprentissage en partenariat avec le Centre de formation d’apprentis universitaire d’Alsace.

(source Wikipédia)

Art, lettres, langues
Droit, économie, gestion et sciences politiques et sociales
Sciences humaines et sociales
Santé
sciences et technologies